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Éthiopie

Dans une déclaration datant de l’année 2000, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi résumait parfaitement le paradoxe auquel est confronté son pays en matière de politique agricole : « Le secteur agricole reste notre talon d’Achille, notre source de vulnérabilité… Pourtant, nous restons convaincus qu’un développement basé sur l’agriculture reste la seule source d’espoir pour l’Éthiopie. » La réalité est que la grande majorité des Éthiopiens continuent à subsister, difficilement, grâce à leurs petites exploitations agricoles, ceci malgré des rendements faibles, des risques élevés, et l’incapacité flagrante du secteur agricole à garantir un revenu de subsistance fiable, et encore moins à permettre un « décollage » propice à une réduction de la pauvreté et une croissance économique durable. De la part des décideurs politiques et analystes, qu’ils soient nationaux ou étrangers, on a pu entendre toutes sortes de positions et d’arguments : augmentation des investissements dans les petites exploitations agricoles, développement d’une agriculture commerciale, abandon des petites exploitations, promotion de l’urbanisation, etc. On entend souvent dire que si l’Éthiopie parvenait à résoudre les défis profonds auxquels est confronté son secteur agricole, les enseignements tirés d’une telle réussite seraient applicables dans de nombreuses autres régions d’Afrique.

Du point de vue des processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques, l’Éthiopie fait pourtant figure de cas à part en Afrique, en ce sens que les décideurs politiques nationaux ont des visions très claires concernant le secteur agricole de leur pays, qu’ils ont tenté de réaliser par plusieurs interventions radicales : programme de villagisation (années 1970), programme national de redistribution des terres (milieu années 1970 - début années 1990), et programme de réinstallation à grande échelle des agriculteurs (milieu années 1980, puis à nouveau depuis 2003). Pour les régions d’élevage, le gouvernement est ainsi convaincu que la sédentarisation constitue la seule option viable à long terme. Dans le même temps, le pouvoir en place en Éthiopie a fortement résisté aux tentatives d’acteurs externes pour imposer leurs propres visions au secteur agricole du pays. Le Premier ministre Meles a ainsi déployé une opposition implacable à toute tentative de privatisation foncière, craignant que cela ne conduise inévitablement à une urbanisation massive de la pauvreté, dans la mesure où cela pousserait les fermiers ne disposant d’aucun autre patrimoine à vendre leurs terres pour survivre à la prochaine sécheresse, puis à migrer en masse vers Addis Ababa.

Le cas de l’Éthiopie constitue donc une opportunité unique pour le Consortium de tirer des enseignements et de faire avancer le débat, ceci d’une part sur le plan des problèmes apparemment inextricables auxquels est confronté le secteur agricole, et d’autre part du point de vue des débats politiques, dynamiques et en évolution perpétuelle, dans lesquels sont engagés les gouvernements, donateurs et autres parties prenantes. Notre ambition est de contribuer à faire avancer ces débats, ceci grâce à une analyse (ou ré-analyse) des données existantes, ainsi qu’à une méthodologie novatrice de nature participative (basée sur l’identification et l’exploration de différents « scénarios politiques »), ceci devant permettre d’entendre les diverses perspectives et de les refléter au sein du processus d’élaboration des politiques.

 


Agriculture is a key pathway out of poverty